Notes

TAMER

Novembre 2009. Dès ma première visite du camp de refugiés de Deheisheh, je rencontre Tamer, un enfant de 10 ans au regard éveillé, avec le visage couvert de cicatrices et une démarche de petit homme. Naïveté et dureté se mélangent dans ses propos : « Mon rêve est celui de libérer mon pays de l’occupation, de me battre pour libérer la Palestine ! », puis il ajoute : « Tu peux raconter mon histoire ! Mon histoire est celle de tout mon peuple. ». L’assurance de cet enfant de 10 ans au visage espiègle m’impressionne. Chez lui, une violence latente se mélange à une galanterie attentionnée, il est imprévisible et attachant. Si sa conscience politique semble s’être construite au jour le jour dans le camp, il se trouve à ce moment de la vie où l’on choisit son chemin et où il est si simple de déraper.
Dans la volonté de raconter son histoire, j’ai envie d’aller au delà du masque de l’enfant « lanceur de pierres ». Dans les territoires palestiniens, la résistance est une valeur transmise de père en fils, de génération en génération, comme un devoir religieux, éthique et politique. Dans un tel contexte, ces enfants sont-ils privés d’un destin personnel et condamnés à l’accomplissement d’un même devoir ? A-t-on le droit d’être un individu à part entière quand on grandit dans un camp de réfugiés ?

NADER

Je pars donc à la rencontre de Nader, le père de Tamer. C’est un homme paisible et cultivé, attaché à sa famille mais aussi militant et impliqué, comme tous les hommes de Deheisheh. Tandis qu’il cherche à éloigner son enfant d’une vie violente et désespérante, il n ‘a pu lui donner le meilleur exemple en s’étant toujours battu pour une cause à laquelle tout semble être soumis. « Certains d’entre nous n’ont pas d’enfance. Moi je n’y ai pas eu droit », me confie-t-il. Arrêté la première fois à l’âge de 15 ans, il a passé des années en prison et a peur que son fils suive la même destinée.

LA FAMILLE

Tamer ne semble pas savoir ce qu’est l’enfance. C’est un réfugié palestinien et en tant que tel, sa principale préoccupation est de résister à l’occupation, sans pouvoir aller au delà de cette réalité. Ici, l’enfance est insaisissable, indéchiffrable.
Si dans un tel contexte, Nader semble impuissant, il tente de toutes ses forces de préserver son fils. Le foyer familial se révèle être la première ressource de Tamer, c’est ici que l’enfant libère son humanité. Ils sont six mais ils ne font qu’un. Tous ensemble, ils forment la plus forte des armées, leur union et leur éducation étant autant d’armes déployées contre l’occupation. Tels des rêveurs éveillés, ils songent à une vie meilleure et luttent sans relâche pour l’obtenir. Chacun de leur côté ou tous ensemble, ils affrontent avec dignité et conscience leur condition de réfugiés.

LE VOYAGE VERS LA MER

J’ai découvert à Deheisheh un endroit où les hommes luttent mais où cette lutte définit une fragilité et un attachement à la vie. Lorsque j’ai appris le souhait de Nader de réaliser le rêve de son fils – un voyage au-delà du mur pour aller voir la mer, j’ai tout de suite eu envie de filmer cette aventure. Ce geste si simple symbolise à lui seul un combat pour la liberté.
Comment l’unité d’une famille peut-elle faire face à la situation globale d’un peuple en résistance ?

LE FILM

Depuis Que Je Suis Né est le récit intime d’un enfant cherchant sa place dans le chaos du monde et celle d’un père cherchant le meilleur moyen de protéger son fils. C’est une histoire qui interroge sur la transmission intergénérationnelle dans un conflit qui dure depuis plus de 60 ans.

Dans un paysage parfois sombre, le film résonnera comme une lueur d’espoir, de ténacité et de volonté de reconstruction. Pendant un bref moment, ensemble, nous serons des saute-murailles.